Vache Hovsepyan (1925-1978)

Vache Hovsepyan (Վաչե Հովսեփյան, 1925-1978) est l’un des grands maîtres du Duduk arménien au XXe siècle. Né à Erevan le 17 septembre 1925 et mort dans la même ville le 1er décembre 1978, il appartient à cette génération qui a donné au Duduk une vraie place dans la vie musicale arménienne, à la radio, sur scène, dans les ensembles et dans la mémoire collective.[1]

Il est diplômé du collège musical Romanos Melikyan en 1951, travaille dès 1945 avec l’ensemble des instruments populaires de la radio et de la télévision d’Arménie, puis reçoit en 1977 le titre d’Artiste du peuple de la RSS d’Arménie.[1]

II. Initiation et débuts

Vache Hovsepyan grandit à Nork, dans un Erevan encore profondément marqué par les conséquences humaines, sociales et culturelles du génocide arménien de 1915. C’est dans ce cadre qu’il découvre très jeune le monde des instruments à vent. Dans les récits transmis autour de son enfance, on raconte qu’un jour sa grand-mère lui donne un peu d’argent pour aller faire quelques courses et rapporter du pain à la maison. Mais le jeune Vache achète finalement avec cet argent un petit Shvi bon marché. Cet épisode revient souvent parce qu’il dit déjà quelque chose d’essentiel sur lui : très tôt, la musique prend chez lui le dessus sur tout le reste.[1]

Il se passionne alors pour le son du Shvi, pour ce timbre venteux, simple, direct, presque sauvage, qu’il associe au souffle même de la nature. Plus tard, dans cette même logique, il se tourne vers le Duduk, qui devient peu à peu l’instrument central de sa vie. Selon les récits biographiques transmis autour de lui, c’est aussi dans ces années de jeunesse qu’il se forme dans des ensembles pour enfants et jeunes musiciens, avant d’être remarqué pour la qualité de son jeu.[1]

C’est dans ce cadre qu’est souvent racontée sa rencontre avec Markar Margaryan et Aram Merangulyan. Alors qu’il joue un solo dans un ensemble de jeunes, son talent attire leur attention. Markar Margaryan lui aurait alors dit, en substance, que c’était bien, mais qu’il devait continuer à travailler, parce que le Duduk devait pouvoir parler avec l’âme humaine. Même si cette scène relève surtout de la mémoire transmise, elle résume très bien ce que deviendra ensuite le jeu de Vache Hovsepyan : un jeu où le Duduk ne se contente pas de sonner juste, mais semble réellement parler. Son entrée au Radiocomité dans les années 1944-1945, puis sa formation au collège Romanos Melikyan, marquent ensuite le vrai départ de sa carrière.[1]

III. Parcours artistique

Le parcours artistique de Vache Hovsepyan se construit d’abord dans le travail quotidien des ensembles et de la radio. C’est là qu’il se forme vraiment, qu’il gagne en solidité, qu’il apprend à porter un répertoire large et qu’il impose peu à peu une présence de soliste. À partir de 1945, il est lié à l’ensemble des instruments populaires de la radio et de la télévision d’Arménie, un cadre qui devient pour lui une véritable école musicale. Cette expérience l’aide à développer non seulement sa technique, mais aussi sa façon de construire une ligne, de soutenir une mélodie et de donner au Duduk une vraie place de premier plan.[1]

Son répertoire est vaste. Il joue des mélodies populaires arméniennes, des airs ashoughs, des danses, des pages plus lyriques, et participe à une vie musicale très riche autour de la radio arménienne. Il compose aussi. Les sources disponibles lui attribuent notamment des œuvres comme Iriknazhamin, Ereknuk et Estonakan Erg, tandis que les archives de la radio conservent d’autres titres associés à son nom, comme Yerani Te ou Hayastani Aghjiknere. Cela montre bien qu’il ne faut pas le voir seulement comme un grand interprète, mais aussi comme un musicien créatif, capable d’écrire, d’imaginer et de laisser des pièces durablement liées à son nom.[1]

Dans les témoignages sur sa jeunesse musicale, on dit aussi qu’il a beaucoup écouté les grands joueurs de Duduk qui l’avaient précédé, notamment Levon Madoyan, ainsi que Karo Charchoghlyan, dont les enregistrements circulaient largement. Là encore, même quand le détail exact appartient surtout au récit transmis, cela aide à comprendre dans quel climat sonore il a grandi : celui d’une école du Duduk déjà vivante, déjà forte, mais encore en train de se construire. Vache Hovsepyan arrive donc à un moment clé, celui où l’instrument passe d’une tradition très forte à une affirmation plus large sur la scène arménienne.[1]

IV. Style, jeu et innovations

Le jeu de Vache Hovsepyan est souvent décrit comme l’un des plus expressifs et des plus maîtrisés de son temps. Les sources arméniennes insistent sur la qualité de son souffle, sur la finesse de son timbre, sur la souplesse de son phrasé et sur sa capacité à faire entendre le Duduk comme une véritable voix. Chez lui, le Duduk ne paraît jamais figé. Il respire, il chante, il pleure parfois, il avance toujours avec beaucoup de naturel. C’est sans doute pour cela qu’il est resté, pour beaucoup, l’un des modèles les plus humains du Duduk arménien.[1][2]  

Il ne faut pas non plus réduire Vache Hovsepyan à la seule interprétation. Dans les récits transmis autour de son œuvre, on lui attribue aussi l’idée du Duduk basse. Cette idée serait née du constat que le Duduk traditionnel, avec sa tessiture limitée, ne permettait pas de couvrir certaines parties dans les ensembles. Qu’on parle ici d’une intuition, d’une proposition ou d’un rôle plus direct dans cette évolution, l’essentiel est clair : Vache Hovsepyan faisait partie des musiciens qui voulaient faire avancer le Duduk, lui donner plus de possibilités, plus de profondeur et une place plus large dans l’écriture d’ensemble. Cette image correspond bien à ce que les sources disent de lui, celle d’un maître qui ne s’est pas contenté de bien jouer, mais qui a aussi réfléchi à l’avenir musical de l’instrument.[1]

V. Héritage, postérité et transmission

Vache Hovsepyan a aussi compté dans la transmission de l’école arménienne du Duduk. Les sources de la radio publique arménienne rappellent qu’il a joué un rôle important dans la conservation et la transmission de cette tradition, comme musicien d’expérience, enseignant et conseiller pour les jeunes.[1][2]  

Sa postérité reste immense. Ses enregistrements sont encore écoutés aujourd’hui, son nom reste lié à une certaine idée du Duduk arménien, profonde, chantante et exigeante, et sa place dans la mémoire culturelle arménienne est durable. En 2015, un monument à Erevan a réuni dans le même hommage Vache Hovsepyan, Levon Madoyan et Jivan Gasparyan, signe très fort de la place qu’il occupe désormais dans l’histoire du Duduk. Son héritage continue ainsi de vivre à la fois dans les archives, dans la mémoire des musiciens, dans les récits transmis sur sa vie, et dans la manière même dont on imagine aujourd’hui un Duduk capable de parler avec une voix profondément humaine.[1][2][3] 

...

Vache Hovsepyan klarnet Shalaxo © Арсен Айрапетян

Vache Hovsepyan - Ergum e Vache Hovsepyan@ - ///Es Havataci///  © GEVUSH ARAQELYAN

Sources

[1] Մկրտչյան Կամո, "Հայ դուդուկահարներ", Սովետական գրող, 1988
[2] Témoignages oraux recueillis par Gusan Instruments auprès de membres de la famille et de passionnés de Duduk
[3] Dorian, Frederick; Duane, Orla; McConnachie, James (1999). World Music: Africa, Europe and the Middle East. Rough Guides. p. 334. ISBN 9781858286358.

Retour au blog