Styles et écoles du Duduk
Retrouvez sur cette page des extraits sonores et des descriptions des styles musicaux propres au Duduk. Des styles régionaux aux styles artistiques et contextuels, l'objectif est de vous faire plonger dans la richesse du répertoire du Duduk et de vous révéler toute l'étendue des possibilités de l'instrument. Cette initiative est portée conjointement par La Maison du Duduk et Gusan Instruments, dans le but commun de mettre en valeur les instruments traditionnels arméniens ainsi que leurs possibilités techniques.
Le Duduk Contemplatif en Quartet ou Quintet
Le Duduk Traditionel en Trio
L'entrée de la percussion donne au jeu une pulsation et une carrure que le duo n'a pas. Le phrasé se resserre, les mélodies se font plus directes, pendant que le bourdon garde son rôle et tient la fondamentale d'un bout à l'autre.
Le Duduk Cinématographique
Le Duduk Dansant (Danse Ethnographique)
Le Duduk Dansant (Orchestre Folklorique)
Le registre change également. On y joue des Duduks aigus, le plus souvent en Ré, dont la projection permet de tenir face à l'ensemble et à la percussion. Le timbre y est plus clair et plus mordant que celui du Duduk grave, et l'instrument sert avant tout la ligne d'ensemble et la pulsation de la danse.
Comme dans le jeu dansant géorgien, le musicien alterne entre des phrasés nasillards, poussés et projetés, et des phrases plus douces et retenues. C'est ce contraste qui donne au Duduk d'orchestre son relief.
Le Duduk et les Mughams
Le Duduk et les musiques religieuses
Le Duduk Géorgien
Le Duduk Géorgien Dansant
Ce timbre nasal fait en réalité partie du style géorgien. Le musicien alterne volontairement entre un son doux et rond, puis un son plus puissant et nasillard. C’est ce contraste entre les deux qui donne au Duduki géorgien son caractère particulier.
Le Balaban Azerbaïdjanais
La différence se situe dans le langage musical plus que dans la lutherie. Le jeu azerbaïdjanais recourt de façon plus marquée aux quarts de ton et au vibrato, traits qui le rattachent au monde arabo-musulman et au système modal du mugham. L'ornementation y est plus dense, les inflexions plus nombreuses entre deux degrés, là où l'école arménienne privilégie une ligne plus épurée. Pour une oreille habituée au répertoire arménien, c'est cette abondance d'ornements qui frappe en premier, bien avant la couleur de l'instrument lui-même.
Le Duduk (Mey ou Fiq) Kurde
Le jeu se reconnaît aussi à l'usage fréquent du vibrato, pratique commune au monde arabo-musulman que l'on retrouve au saz, au oud ou au ney, alors que son emploi dans la musique arménienne demeure plus discuté. L'instrument occupe une place centrale dans le dengbêj, forme chantée interprétée en duo ou en trio, où le Duduk répond au chanteur et au saz sur des mélodies mélancoliques racontant les difficultés de la vie quotidienne.
Jazz, Flamenco et styles du monde entier
Le Duduk n'est plus l'instrument d'un seul répertoire. Longtemps perçu comme strictement régional, il en est sorti depuis longtemps déjà et circule aujourd'hui entre les esthétiques sans rien perdre de son identité.
La première porte fut celle du cinéma. En confiant au Duduk des thèmes entiers, Hans Zimmer en a fait une signature reconnaissable entre toutes et lui a donné une audience mondiale. Le jazz a suivi, avec l'espace de l'improvisation et du langage modal, puis les musiques méditatives et ambient, qui exploitent ses longues tenues et son souffle continu. D'autres pistes ont été explorées au fil des expérimentations, le flamenco parmi elles, et certaines se sont révélées étonnamment convaincantes.
Le Duduk Jazz
Dans Yillah du Hadouk Trio, Didier Malherbe en propose une approche très personnelle. Son jeu surprend par les contours des phrases et la manière de faire respirer la mélodie. Le Duduk dialogue avec les autres instruments et s’intègre à l’univers du morceau, aussi bien par ses nuances que par ses couleurs sonores.
À certains moments, ses attaques et son timbre feutré peuvent évoquer une trompette avec sourdine, au point de troubler une oreille peu familière du Duduk. Cette proximité donne à l’écoute un caractère intrigant : l’instrument reste lui-même, mais se révèle sous un autre jour.
Cette interprétation illustre une possibilité de jeu parmi d’autres. Elle permet d’entendre comment le Duduk peut s’approprier le langage du jazz à travers le rythme, l’articulation et le phrasé, au-delà du seul choix des gammes.
Le Duduk Jazz en Quartet
Le jeu en quartet demande au musicien de penser ses phrases en relation avec les autres interprètes : laisser de l’espace, répondre à une idée musicale ou accompagner un changement de dynamique. Le Duduk peut ainsi prendre la parole comme instrument soliste, puis se fondre dans le son du groupe.
Cet exemple invite à écouter autant le phrasé du Duduk que sa relation avec l’ensemble. Les respirations, les accents et la manière de placer les notes participent à son intégration au langage du jazz, tout en laissant entendre sa couleur particulière.
Crédits : Jivan Jr's Duduk sings Jazz - Jivan Gasparyan
Le Duduk et le Jazz Armenien
Cette rencontre doit beaucoup aux instrumentistes. Vardan Grigoryan en est la figure la plus aboutie : il a porté le Duduk vers l'improvisation et l'a installé comme voix soliste à part entière au sein des formations jazz. Avag Margaryan poursuit la même démarche au Blul et à la Zurna, en intégrant des couleurs jazz à l'écriture de son ensemble Katuner. Aujourd'hui, Norayr Gapoyan avec Yessaie Kareptyan développent un répertoire jazz écrit pour le Duduk, où même le Duduk Basse apporte sa pierre à l'édifice.
Du côté de la composition, Arto Tunçboyacıyan a ouvert la voie d'un folk jazz arménien avec l'Armenian Navy Band, tandis que le pianiste Tigran Hamasyan a fait entrer les modes arméniens dans le jazz contemporain.
Le Duduk et le Flamenco
Le résultat est un mélange cohérent autant que fédérateur. Les échelles arméniennes et les modes andalous partagent suffisamment de couleurs pour que le dialogue se fasse sans artifice, et la voix du Duduk trouve naturellement sa place aux côtés du cante et de la guitare.
Le style reste toutefois confidentiel. Les musiciens qui s'y consacrent se comptent sur les doigts d'une main, et le répertoire disponible demeure limité, ce qui laisse à ceux qui s'y aventurent un terrain d'exploration presque entièrement ouvert.
Le Duduk et la musique classique
Du côté des solistes, la démarche est la même. En portant les Gnossiennes de Satie au Duduk, Norayr Gapoyan confronte l'instrument à une écriture conçue pour le piano : l'exercice met à l'épreuve sa tessiture réduite et son caractère diatonique, et montre en retour ce qu'un souffle peut apporter à ce répertoire.
Le Duduk et le Rock
D'autres formations sont allées plus loin en intégrant l'instrument de façon permanente. En France, Deleyaman, fondé en Normandie en 2000, est considéré comme le premier groupe de rock alternatif à avoir compté un joueur de Duduk dans sa formation ; le Duduk principal y est tenu par Artyom Minasyan. Aux États-Unis, Viza, groupe de Los Angeles longtemps managé par Serj Tankian, a fait de même avec Jivan Gasparyan Jr, aux côtés de l'oud et du saz.
Dans la plupart des cas, le Duduk intervient en introduction, en pont ou en respiration, plutôt qu'en instrument de section. Les groupes qui lui donnent une place entière restent rares, et ce sont presque toujours ceux qui revendiquent une filiation arménienne assumée.
Le Duduk et le Hip-Hop
Le rapprochement va au delà de l'habillage sonore. Le hip hop s'est construit sur le témoignage, la mémoire d'une communauté et la contestation. Le Duduk, lui, porte un répertoire qui parle d'exil, de perte et de résistance, et qui a survécu à une histoire violente. Les deux traditions partagent ce fond commun de musique qui raconte ce que l'on a traversé, ce qui explique que la rencontre fonctionne sans jamais paraître artificielle.
L'usage reste malgré tout dominé par le sample : les morceaux où le Duduk est réellement joué en direct, par un instrumentiste, demeurent l'exception.
Le Duduk et la musique électronique
Jivan Gasparyan Jr, petit-fils du grand Djivan Gasparyan, s'y est mis à son tour. Venu de la lignée la plus traditionnelle qui soit, il montre que cette rencontre n'est plus une curiosité extérieure mais une voie assumée de l'intérieur même de l'école arménienne.
Le format s'y prête particulièrement : en festival et en club, c'est probablement par ce canal que l'instrument touche aujourd'hui le public le plus large.
Crédits : THYLACINE - Duduk