Vladimir Harutyunyan (Վլադիմիր Հարությունյան), surnommé « Aparantsi Valod » (« Valod d'Aparan »), est un musicien arménien originaire d'Aparan. Joueur de shvi, de Duduk, de clarinette et de zurna, Artiste émérite de la RSS d'Arménie, il est l'un des solistes de l'Ensemble d'État de danse d'Arménie, avec lequel il se produit dans de nombreux pays. Son jeu, nourri des chants populaires de sa région natale, est indissociable d'un travail d'une grande assiduité.

Vladimir Harutyunyan ©
I. Origines et premiers apprentissages
Vladimir Harutyunyan grandit à Aparan, où les chants de Mahbubi Gevorg sont répandus dans toute la ville et où le mariage est une joie partagée par tout le peuple : le tambour retentit, chacun chante, et la mélodie « Yarum Gorani » s'élève depuis les pentes de l'Aragats. Cette chanson, empreinte de la nostalgie des montagnes, marque profondément l'enfant.
Lors d'une montée à la montagne avec sa grand-mère, il découvre près d'un troupeau un jeune berger qui joue du shvi. Celui-ci lui explique qu'il joue l'appel du berger (Hovivi Kanch). L'enfant demande alors à sa grand-mère de lui procurer un shvi, et celle-ci lui promet l'instrument pour le lendemain. Elle se signe et déclare : « Qu'il joue, qu'il devienne un homme. » Il ne se sépare plus du shvi.
Il apprend d'abord à reproduire, son pour son, les mélodies qu'il entend aux mariages, à la radio et auprès de différents maîtres. Sa famille l'encourage et lui demande de jouer. L'appel du berger (Hovivi Kanch) est la première mélodie qu'il fait résonner sur son instrument.
II. Débuts à Erevan
La famille s'installe ensuite à Erevan, sous le pont de la Victoire. Vladimir Harutyunyan est admis à la Philharmonie d'Arménie. Avec son shvi, il parcourt le pays avec des groupes artistiques et des ensembles, reçoit ses premiers applaudissements et entend ses premiers éloges.
Le shvi ne lui suffit bientôt plus, et il prend le Duduk, instrument qu'il ressent comme proche de son cœur. Il y interprète notamment des chants de Mahbubi Gevorg. Il travaille ensuite à l'Ensemble d'État de chant et de danse d'Arménie, où il apprend beaucoup auprès de maîtres comme Tatul Altunyan et Aleksandr Aleksandryan.
III. L'Ensemble d'État de danse d'Arménie
En 1958, lorsque l'Ensemble d'État de danse d'Arménie présente son premier programme au public, dans la salle de la Philharmonie, Vladimir Harutyunyan joue du shvi et du Duduk. Au fil de la soirée, il tient plusieurs solos : « Le Rossignol » au shvi, « Fleurs ensorcelées » au Duduk, et d'autres numéros à la clarinette et à la zurna.
Il perfectionne ensuite son art avec l'aide de maîtres de ballet et du compositeur Khachatur Avetisyan. Dans une création de Vanush Khanamiryan, directeur artistique de l'ensemble et Artiste du peuple de la RSS d'Arménie, il présente un solo qui puise aux sources de l'art de Spendiaryan. Dans « Les Coquelicots » de Khachatur Avetisyan, il se montre poète dans son solo de Duduk.
L'ensemble effectue des tournées à travers l'URSS, de Moscou à Tachkent et de Tallinn à Samarcande, puis à l'étranger : pays du Proche et du Moyen-Orient, Tchécoslovaquie, Algérie, Tunisie, Maroc, Angleterre, France, Danemark, Suisse, Brésil, Argentine, États-Unis, soit plus de quarante pays. À New York, il rassemble autour de lui des Américains et leur fait entendre l'instrument arménien en roseau.
IV. Jeu et personnalité artistique
Selon un portrait publié à son sujet, le métier d'interprète exige la sueur de l'ouvrier, l'entraînement du sportif et le talent du poète, et c'est cette assiduité qui a mené Vladimir Harutyunyan à l'Ensemble de danse. Le public a aimé, apprécié et accueilli son art. Il a trouvé une sonorité, une nuance et une manière propres de présenter les œuvres.
Son jeu porte le murmure des eaux limpides des montagnes d'Aparan, l'écho des chants de Mahbubi Gevorg et l'appel du berger de son premier shvi. Écoutant son Duduk, l'auditeur est transporté dans les champs et voit le laboureur au travail : il est décrit comme un artiste proche des travailleurs de la terre, un laboureur parmi les laboureurs.
V. Transmission et héritage
Son fils, Aleksandr, joue lui aussi du Duduk et se produit à ses côtés au sein de l'Ensemble d'État de danse d'Arménie. Vladimir Harutyunyan porte ainsi la chanson et la musique arméniennes dans des dizaines de pays, vivantes et combatives, lyriques et gracieuses. Selon le portrait qui lui est consacré, la chanson et la musique arméniennes vivent en lui, comme les chants de Mahbubi Gevorg vivent dans le peuple.

Le père et le fils, Vladimir et Aleksandr Harutyunyan, musiciens de l'Ensemble d'État de danse d'Arménie ©
Sources
[1] Մկրտչյան Կամո, "Հայ դուդուկահարներ", Սովետական գրող, 1988
[2] Témoignages oraux recueillis par Gusan Instruments auprès de membres de la famille et de passionnés de Duduk