Ghamish ? Dzaynar ? Pipich ? Comment nommer l'anche du Duduk

Pour le musicien qui découvre le Duduk, l'anche est souvent la pièce la plus mystérieuse de l'instrument. Petite, fragile, capricieuse, elle est pourtant à l'origine de ce timbre chaud et presque humain qui fait la renommée du Duduk. Mais comment faut il l'appeler ? Selon les musiciens, les pays et les générations, plusieurs noms circulent, et tous ne se valent pas.

Un même mot pour la plante et pour l'anche

En français, la distinction est nette : le roseau désigne la plante, et l'anche la pièce vibrante de l'instrument. D'autres langues ne font pas cette différence. En anglais, le mot reed désigne à la fois le roseau qui pousse au bord de l'eau et l'anche de l'instrument, qu'on précise au besoin en parlant de double reed. La langue russe, très présente dans l'univers du Duduk en raison des liens historiques entre l'Arménie et la Russie, obéit au même principe : l'anche y est appelée trost (трость), un mot de la même famille que trostnik (тростник), qui désigne le roseau. 

L'arménien suit la même logique : le nom de l'anche est d'abord celui de la plante dont elle est faite. Ce lien étroit entre la matière et l'instrument n'a rien d'un hasard. L'anche du Duduk est taillée dans un roseau local qui pousse le long du fleuve Araxe, et c'est cette plante qui a donné son nom à la pièce.

Ghamish, un mot emprunté au turc

Le terme le plus répandu aujourd'hui, jusque dans les ouvrages spécialisés et les catalogues internationaux, est ghamish. Il s'agit pourtant d'un emprunt direct au turc kamış, qui signifie roseau. Ce mot s'est imposé dans l'usage courant au fil des siècles de domination ottomane et de contacts linguistiques, au point d'être aujourd'hui employé par de nombreux musiciens sans que son origine soit connue.

À La Maison du Duduk, nous faisons le choix de ne plus utiliser ce terme. Le Duduk est l'un des symboles les plus forts de l'identité arménienne, reconnu par l'UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Il nous semble essentiel que les mots qui le décrivent soient eux aussi arméniens. Nous encourageons les musiciens, les enseignants et les chercheurs à faire de même, dans l'usage courant comme dans le vocabulaire académique.

Yegheg, le nom arménien du roseau

La langue arménienne possède son propre mot pour désigner le roseau : yegheg (եղեգ). L'UNESCO le mentionne d'ailleurs aux côtés de ghamish pour désigner l'anche du Duduk. Ce mot est profondément ancré dans la culture arménienne. On le trouve dans l'un des plus anciens textes de la littérature arménienne, le chant de la naissance de Vahagn, rapporté par l'historien Moïse de Khorène : le dieu y naît d'une tige de roseau rougeoyante, au milieu d'une mer pourpre, dans un jaillissement de fumée et de flammes. Que l'anche du Duduk porte le même nom que ce roseau mythique donne à l'instrument une profondeur supplémentaire. UNESCO

Pipich et Dzaynar

D'autres termes circulent parmi les musiciens. Pipich est une appellation populaire, très employée dans le langage de tous les jours. Dzaynar, formé sur la racine dzayn, qui signifie la voix, met l'accent sur le rôle de l'anche : c'est elle qui donne sa voix au Duduk.

Notre choix

Dans l'ensemble de nos contenus, La Maison du Duduk emploie désormais le mot anche en français, et privilégie les termes arméniens yegheg, pipich ou dzaynar lorsqu'il s'agit de nommer la pièce dans sa langue d'origine. Un choix modeste, mais qui participe à notre mission : transmettre le Duduk dans toute son authenticité, jusque dans les mots qui le racontent.

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