Karo Charchoghlyan (1905-1956)

Karo Charchoghlyan (Կարո Չարչօղլյան) naît en 1905 à Alexandropol (aujourd'hui Gyumri), dans le gouvernorat d'Erevan, alors intégré à l'Empire russe, et meurt en 1956 à Bakou, en RSS d'Azerbaïdjan. Connu de son vivant sous le surnom de « Karo Pancho » (Փանչո Կարո), il est un dudukahar (joueur de duduk) arménien, grand spécialiste de l'improvisation et des mughams, également reconnu pour avoir contribué à populariser la clarinette en Arménie et un style de jeu qui lui est associé. Karo Charchoghlyan compte parmi les pionniers majeurs du duduk du XXe siècle.

On dit qu'il n'est pas toujours facile, même pour des spécialistes, de distinguer le jeu de différents joueurs de duduk. Mais le jeu de Karo se différenciait par la patte sonore qu'il créait lors de son interprétation. Son jeu était fluide, quelle que soit la tonalité ou le morceau abordé, et se distinguait par une stabilité particulière. Sa qualité de son, ses capacités techniques, sa connaissance approfondie de l'instrument ainsi que sa maîtrise du solfège et de la lecture des partitions faisaient de lui, à son époque, un musicien hors pair. [1][2]


Karo Charchoghlyan ©

II. Initiation et Débuts

Né à Alexandropol, Karo Charchoghlyan y fait ses débuts musicaux. Il poursuit sa pratique musicale même durant son service au sein de l'armée soviétique, où il crée un ensemble d'instruments traditionnels réunissant le duduk, le shvi, la zurna et le dhol.

III. Parcours artistique

Karo Charchoghlyan joue un temps dans l'Orchestre Symphonique Oriental dirigé par Vardan Buni, ainsi que dans l'ensemble des instruments populaires de la Radio, dirigé par Aram Merangulyan. La seconde moitié de sa vie se déroule à Bakou, où il rejoint l'Orchestre d'État des instruments populaires de la ville — alors épicentre des cultures populaires du Caucase, porté par les nombreux ensembles et institutions financés par la richesse pétrolière de la région. Il joue également durant de longues années dans l'orchestre réputé du docteur Avanes Ioannisyan. Aux côtés d'Uzeyir Hajibekov, il coécrit un manuel d'apprentissage du duduk.

En 1930, à l'issue d'un concours pansoviétique, il est distingué du titre de lauréat.

Lors d'un concert à Bakou où était également présent le joueur de tar Kurban Primov, artiste émérite de la RSS d'Azerbaïdjan, Karo venait d'interpréter « Dun en glkhen » de Sayat-Nova avec une maîtrise remarquable. Primov serait monté sur scène pour lui déposer des fleurs. Quelqu'un lui aurait alors demandé : « Maître, vous êtes un musicien de renom à un âge avancé, et vous montez sur scène pour saluer le jeu d'un autre musicien ? » — ce à quoi Primov aurait répondu : « Si vous aussi vous pouviez jouer comme joue Karo Charchoghlyan, je cueillerais les fleurs du monde entier pour vous les offrir également. »

Margar Margaryan - Shustar 1935 - ///DUDUK/// © GEVUSH ARAQELYAN

IV. Style, jeu et innovations

Karo Charchoghlyan jouait également très bien d'autres instruments arméniens : le shvi, le blul, la clarinette — au point que l'on ne pouvait parfois plus distinguer le changement d'instrument, tant sa maîtrise artistique faisait passer la sonorité propre de chaque instrument au second plan. Outre le répertoire national, il interprétait au duduk des pièces issues de la musique classique orientale, notamment des mughams, largement répandus en Azerbaïdjan et en Iran.

Lors d'un concert donné en 1937, des pièces occidentales furent également jouées — Mozart, des préludes — toujours accompagnées de morceaux arméniens tels que « Siretsi yars taran » ou « Hovivi kanchë ».

Le compositeur et musicien Hrant Torrosian raconte que lors d'une visite d'officiels allemands à Bakou en 1948, Karo joua du Beethoven, du Mozart, ainsi que des mélodies arméniennes et azerbaïdjanaises. Un membre de la délégation, surpris, se serait approché pour demander : « Quel est cet instrument ? — Un duduk. — Et il est possible de jouer du Beethoven avec ça ? — Il est possible de jouer toutes les compositions du monde entier avec cet instrument. »

Cette anecdote illustre l'ouverture d'esprit de Karo Charchoghlyan, qui ne s'est jamais imposé de limites dans le répertoire du duduk, et qui aura toujours privilégié des pièces belles et complexes, étudiant l'art de l'improvisation comme peu de musiciens arméniens l'avaient fait à son époque.

V. Héritage, postérité et transmission

Par la richesse de son jeu, sa maîtrise de l'improvisation et des mughams, et l'étendue de son répertoire, Karo Charchoghlyan demeure une figure marquante du duduk arménien du XXe siècle — un musicien dont l'art aura contribué à démontrer l'universalité expressive de l'instrument, capable d'embrasser aussi bien le répertoire savant occidental que les traditions populaires arméniennes et caucasiennes.[2]

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Gevorg Dabaghyan Plays Vache Hovsepyan's and Karo Charchoghlyan's Instruments © Gevorg Dabaghyan

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[1] Մկրտչյան Կամո, "Հայ դուդուկահարներ", Սովետական գրող, 1988
[2] Témoignages oraux recueillis par Gusan Instruments auprès de membres de la famille et de passionnés de Duduk

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